Sujet à polémique, cette fois encore. Pourtant je ne l'aurais pas imaginé. Mes detracteurs habituels (ceux qui aiment 300, et ceux qui n'aiment pas Pirates des Caraïbes pour ceux qui ne suivent pas) ont pourtant adoré le dernier Quentin Tarantino. Et c'est son plus grand fan, mon cher Damien qui cette fois conchie le film en question n'hesitant pas à le qualifier ni plus ni moins de "merde". Ah Damien... Dieu sait si tu as évolué sur bien des points, mais il te reste des aspects de ta personnalité à peaufiner tout de même.
Grosso modo, les critiques négatives faites au film pointent son prétendu manque d'ambition. Ambition qui ne faisait pas défaut à Kill Bill quoiqu'on puisse en dire. Ici on dénonce les carences scénaristiques, l'aspect "plaisir coupable" du projet.
Je ne dis pas que nous avons affaire au meilleur film de Tarantino (quoique...) mais il est tout bonnement honteux de dénigrer Boulevard de la Mort parce qu'il procure du plaisir au spectateur. Et on ne pourra cependant en aucun cas renier le fait que Boulevard de la Mort est un film plaisant. Doux euphemisme même tant les scènes de dialogues et de poursuite constitue ce qu'on a pu voir de plus jouissif sur un ecran en 2007.
Honnêtement, depuis le 6 mai, votre serviteur accuse un peu le coup. L'actualité politique et sociale française n'etant pas une source de réjouissance, point d'autre solution pour moi que de me refugier dans les salles ou d'abriter mes cheres petites oreilles autour d'un reconfortant casque branché à un lecteur mp3. Et heureusement, mon coeur et mon esprit d'esthete accro à l'émotion et au plaisir a pu trouver dans l'actualité artistique de quoi lui remonter le moral. Le final de la merveilleuse première saison de Heroes. Si vous avez la TNT ne vous genez pas pour la regarder cet été en VOST sur TF1 (pour une fois que je vous conseille de regarder TF1...). Le concert et le nouvel album des White Stripes aussi. Le binome de Detroit savent comme personne me foutre ces si revigorants noeuds à l'estomac. Mais rien ne m'a plus rempli de joie que le nouveau Tarantino. Il y'a des choses qui ne changent pas. Et quoi qu'il fasse, Q.T. saura toujours nous regaler de sa mise en scène virtuose et de ses conseils cinematographiques et musicaux inestimables.
On retrouve Quentin là ou on l'avait laissé en 2004, avec le sublime second volet de la saga Kill Bill. En plein trip regressif de cinéma bis et de films de femmes bafouées et revanchardes. Evolution... Kill Bill était une gigantesque marmite, une epopée de 4 heures dans laquelle le réalisateur s'amusait à fourrer pêle-mêle les codes de ces cinématographies oubliées en matinant le tout de romanesque et de classique. Pure démarche d'esthète. Intelligence du procédé. Pour Boulevard de la Mort, le metteur en scène semble opérer une marche arrière monumentale. Il adopte pour les besoins du film-concept Grindhouse (dont Boulevard de la Mort n'est qu'une des deux parties) le format même des films qu'il admire. Un simple slasher-actioner (bien que l'association des deux genres est quasi-inédite) avec ce qu'il faut de bavardage pour évoquer toute l'histoire de la serie B, genre fauché par définition.
Le film est donc clairement separé en deux parties. Esthétiquement d'abord... Couleurs delavées, brulures et autres rayures sur la copie pour la première partie, on a vraiment l'impression de regarder un pauvre film pérdu dans les rebus d'un cinéma de quartier. Puis technicolor flamboyant passant par une mise en valeur petaradante des couleurs les plus flashys pour la seconde partie. Dans le ton, tout est différent aussi. On pense à Jackie Brown pour la mélancolie, les blessures secrètes de demoiselles moroses et tendres. Leur mort n'en sera que plus cruelle. La première partie se termine sur un accident de voiture d'une cruauté abominable, Tarantino condensant en une scène d'une minute son art pour montrer une scène sous des angles differents. Ainsi la mort de chaque jeune fille de la voiture est montrée avec une precision quasi-chirurgicale. L'aspect sexuel du meurtre est explicite. La seconde partie entièrement de jour, respire quant à elle la joie de vivre, la beauté du sentiment féminin dans son ensemble. On s'attache vite fait à ces amazones cascadeuses et sexuées, passionnées de mode et de voiture. Elles travaillent dans le cinéma et sont unies dans l'adversité. On a là en trois quart d'heure tout ce qui fait le jubilatoire du cinéma de Q.T. Une succèssion de scènes de dialogues d'anthologie et de scènes d'action filmée avec la démesure du grand metteur en scène, et l'inaltérable respect du fan. Pas de plans larges, pas d'effets speciaux numériques. Reac le Quentin?
Sa peinture du monde féminin nous prouve le contraire. Ses dialogues, proches de la verve un temps regrettée de Reservoir Dogs, s'adapte parfaitement aux discussions de jeunes demoiselles et le bonheur de la langue tarantinesque est là. Ce bonheur qu'on ne sait jamais véritablement expliquer, ce même plaisir qu'on pourrait apparenter à une sorte de private joke universelle, ce plaisir du phrasé que l'on ne retrouve qu'à l'ecoute des meilleurs disques de hip-hop, ce plaisir du second degré si proche du quotidien.
Une lettre d'amour au cinéma, une lettre d'amour aux femmes, bien sur. Rien de neuf depuis Kill Bill alors? Oh oui, que du neuf. Une façon d'aborder le cinéma inédite. Et l'amorce d'un certain recul sur son Art. On ne serait pas etonné de voir le cinéma de Tarantino évoluer radicalement dans les prochaines années, tant ici Quentin s'acharne à condenser tout ce qui fait le sel de son Art en moins de deux heures. Le film prend son temps (comme Pulp Fiction) et pourtant est jouissif comme jamais (comme Kill Bill Vol.1). Il est mélancolique (comme Jackie Brown) et pourtant plein de joie de vivre (comme Pulp Fiction). Il pousse même le vice jusqu'à exposer à l'extreme son fetichisme des pieds, aspect plutôt discret (bien que fascinant et connu pour les femmes) de son art jusqu'alors.
On ne sait pas trop comment qualifier le dernier Tarantino, et c'est tant mieux. Ce dernier prend ici le risque de ne pas être prit au sérieux en prenant les atours esthétiques d'un film de pur divertissement. Il prend le risque d'être accusé de parodier son propre style. Il n'en est rien. Il a simplement comprit que ce qui fait l'essence de son cinéma ne sont pas ses dialogues ou ses mouvements de caméra. Mais son ame. Son merveilleux talent d'observateur des moeurs de son temps (on le sait fan de Rohmer) et son empathie profonde pour ses personnages. Et même dans ce qui s'apparente à un simple film de drive in, cette ame reste, est toujours là et le film hante longtemps.
Dans mon eternelle reflexion sur le post-modernisme, je qualifierais Boulevard de la Mort d'avancée. Tarantino n'a pas cherché à sublimer, à insuffler du romanesque à un genre qui ne l'est pas forcèment à la base (comme il l'a brillamment reussi dans Kill Bill). Il jette à la gueule du public un brut de pellicule comme pour s'amuser à guetter ses réactions. Vont-ils reconnaitre la tendresse sous la violence? La virtuosité sous les défauts techniques? La profondeur sous la légereté? L'intelligence sous le plaisir? Telles sont les questions que Tarantino aurait pu se poser quand il a presenté le film à Cannes.
On ne peut que conseiller tant de nervosité, d'amour et de générosité réunis dans un seul film. Un film qui sait évoluer avec son temps (l'émancipation de la femme) tout en gardant ce coté naïf et optimiste qui fait les oeuvres attachantes.

Commentaires
Par Ta détracteuse le 11/07/2007 à 17h16
Et bien Antoine sache que même si j'ai détesté Pirates des Caraïbes je n'ai pas complètement aimé 300 non plus... Tu vois on finit par s'entendre !
Même très bien d'ailleurs puisque Deathproof m'a conquise. Et j'aurais volontiers partagé la signature de ta critique de ce Tarantino avec toi tant je m'y retrouve.
Les questions que tu poses en fin d'article sont dignes d'un bon journaliste de cinéma et d'un grand cinéphile.
On voit que tu as retenu finalement la leçon de nos conversations (svt tendues) sur les films qu'on a vu : as-tu bel et bien été contaminé par le féminisme excessif de mes commentaires ou par "la lettre d'amour" de Tarantino aux femmes ?...
Bisous
The Monkey Crew^^
Par liliinrock le 04/07/2007 à 10h53
Une critique très intéressante que j'ai lu jusqu'au bout
d'un film que j'ai énormément apprécié !!!
Ajouter un commentaire