The Antoine's Blog

    Bon allez, c'est bon, je m'y mets. Nous sommes dans la nuit de samedi à dimanche. J'ai vu pour la première fois le film en question mardi soir, en avant-première. Puis ait réitéré l'experience en ce samedi soir. Et bien que je fus forcé de rester assis sur les marches de la salle pendant les 2/3 du film (samedi soir, 21h et bien entendu la seance était complète), tout cela ne m'a en aucun cas limité dans l'attention que j'ai porté au metrage, ce qui est d'ores et dékà une preuve évidente de qualité.

Vous devinez bien que je m'attaque à un monstre. Pour ceux qui ont lu la critique du second opus, écrite en fevrier par mes soins lors de la sortie dvd, je commencerai par dire que ce troisieme et dernier volet n'a rien entamé mon enthousiasme et qu'il a plutot au contraire eu tendance à m'inciter à maintenir mes positions. Plus que Jamais.

Commentaires...

Je commencerais donc par la fin, c'est-à-dire les commentaires des quelques personnes de ma connaissance m'ayant accompagné pour cette séance. Beaucoup diront que ces commentaires sont l'essence même du plaisir cinématographique, la discussion post-projection s'averant être un exercice plaisant et enrichissant. Personnellement, je ne m'y suis pas adonné à cette occasion. J'ai à de nombreuses reprises sur ce blog ou autre part fait part de ma fascination pour ces blockbusters des années 2000, dont l'ensemble héterogène et pourtant assez cohérent, forme ce que j'ai tendance à appeller une mouvance, voire un age d'or. Ces propos me valent pas mal de critiques. Je pense à mon ami Clement qui a tendance à penser que divertissement hollywoodien, integrité artistique, générosité et intelligence ne peuvent en aucun cas faire bon ménage. Ces discussions sans fin ont finies par me laisser, je m'y consacre de moins en moins. Lacheté? Plutot lassitude passagère. C'est à cela aussi que peut servir un blog, le système des commentaires étant finalement un moyen d'echanges democratiques et relativement sans risques.
J'entends donc autour de moi à l'issue de cette séance divers propos. "meilleur que le second", avis que j'ai du mal à partager étant donné que je place les deux oeuvres sur le même plan, l'un étant logiquement la continuité de l'autre, et le binome se posant comme une rupture assez franche par rapport au premier, de par son ambition ou sa qualité. "C'est n'importe quoi, je préferais le premier, plus réaliste". Aller voir un blockbuster hollywoodien à deux cent millions de dollars et se plaindre d'un manque de réalisme relève purement et simplement du paradoxe le plus flagrant. De plus, difficile de considerer la Malediction du Black Pearl comme un exemple de réalisme, quand un capitaine bourré 24h sur 24 et un jeune et modeste forgeron suffisent à maitriser un énorme navire, ou quand une armée de squelettes emerge d'eaux troubles à la lueur d'une lune surdimensionnée.

Révolution(s)

Jusqu'au bout du monde s'incrit donc comme la continuation pure et simple du Secret du Coffre Maudit, conservant les mêmes personnages, affirmant une ambition demesurée, un travail remarquable sur le champ réferenciel, l'epaisseur et les relations entre personnages.
Tout commence par une introduction merveilleuse, macabre, violente qui n'est pas sans évoquer l'entrée en matière de l'épisode précedent. Des pendaisons en série, un chant révolutionnaire, une répression à tous les étages. Une montée en puissane tout simplement majestueuse, épique. C'est bien entendu Michael Curtiz et son névralgique Capitaine Blood qui est évoqué (dont on ne rappellera jamais assez l'influence déterminante sur toute l'histoire du cinéma d'aventure) dans lequel Errol Flynn, condamné à la pendaison pour avoir soigné un éminent révolutionnaire. Ce que Curtiz ne pouvait pas montrer en 36 (les autels et les cordes n'étant montré qu'au cours d'un bref plan introductif), Verbinski l'expose sans complexes ni concessions en 2007. Ce dernier sait parfaitement réussir ses débuts de film (non pas qu'il ne sait pas réussir les fins, loin de là, nous y viendrons par la suite), posant tout de suite une ambiance, une violence qui sous-tendra le reste du metrage bien qu'il soit beaucoup plus porté sur l'humour famillial et Deppien.
Cette introduction a toute son importance. Il est ici question de liberté et d'imagination face à la répression capitaliste. Nous avons déjà évoqué le paradoxe de voir ce type de morale se propager dans un film à gros budget produit par Disney, organisation qui est tout sauf le garant d'un certain altermondialisme. Il est pourtant important que le grand public puisse avoir accès à de tels films. Un sous-texte politique intelligent et toujours bon à prendre, surtout si il s'émancipe au sein d'un aussi bon cinéma. Devant cette importance du chant face à la barbarie hiérachique, ce sont les allusions communistes de l'age d'or Hollywoodien qui ressurgissent, la puissance émotionnelle du muet soviétique. Peu de films à gros budgets peuvent en dire autant. Ici aussi, PDC réussit la où Matrix avait malheureusement echoué.

Maëlstrom

Cette réussite, le film la doit au Plaisir. Le plaisir de filmer, de jouer, de donner au spectateur. Le retour du personnage de Barbossa en est une belle preuve : sa réapparition offrant ça et là quelques belles scènes de confrontation entre ce dernier de Sparrow, les deux capitaines prétendant tout deux au commandement du vaisseau Pearl.
Le plaisir passe aussi par celui des scénaristes, s'amusant en permanance à ne pas figer les personnages au sein d'un cahier des charges trop léger, les faisant en permanence évoluer, se rétracter. Des allers et retour permanents qui, loin de donner mal au crâne, forcent le spectateur à apprecier des personnalités complexes. Pirates des Caraïbes, c'est l'art de l'instabilité, de l'insecurité narrative permanente où tout est possible, pour la bonne et simple raison que les personnages sont capables de tout et de n'importe quoi, individualisme piratien oblige.
Ce parti pris de l'originalité à tout prix (on ne sous-estimera pas ici le rôle fondateur de Johnny Depp dans l'élaboration de l'esprit de la saga) paye et laisse le spectateur ébahi devant un grand huit narratif, emotionnel et visuel.
Dans Pirates des Caraïbes, on traverse des océans en l'espace de quelques heures, on s'offre le luxe de la poésie pure (cette scène magnifique de mer faite d'étoiles) ou de l'abstraction la plus totale (des cailloux qui se transforment en crabe?), car c'est tout simplement la suite d'un film basé sur une attraction Disney avec un acteur considéré à la base comme tout sauf bankable ressuscitant un genre qu'on croyait mort et enterré. Car Disney croit tout connement détenir la poule aux oeufs d'or et qu'une saga, aussi abstraite et ardue soit-elle, Pirates des Caraïbes ne peut pas faire moins de 300 millions de dollars au box office du moment qu'on y voit Johnny Depp et des mechants à base d'effets speciaux. Ce n'est pas une faille qui s'est ouverte devant le réalisateur, c'est un gouffre qu'il a choisi de transformer en maelstrom géant, mélangeant influences, destin, politique et humour burlesque.



L'age d'or Hollywoodien des années 2000 est un bien etrange phénomène. On ne fait plus du tout des films comme avant. Quand dans les années 30 la devise était "The limit is the sky", le cynisme le plus total règne aujourd'hui et peu de réalisateurs peuvent se vanter de pouvoir concillier integrité artistique et rentabilité au box office.
Il existe deux moyens d'y parvenir : ceux qui se font repérer par le systeme et ceux qui l'intègrent directement. Si les premiers sont rares, les seconds sont pratiquement en voie d'extinction. Les Raimi, Cuaron, del Toro ou Jackson ont pratiquement tous commencés par le cinéma d'horreur amateur, puis ont fait leur chemin via l'indépendant. Verbinski est un animal bien chanceux. Diplomé de l'UCLA, il commence par des pubs Nike et intègre Hollywood via divers commandes plus ou moins ratées (la Machine à Remonter le Temps, le Mexicain...). On pense à Brett Ratner ou Tim Story, rien ne pouvait apparemment differencier le parcours de Verbinski. Jusqu'à le carton planétaire de Pirates des Caraïbes. Il apparait évident qu'il possède un savoir faire et une ambition beaucoup plus conséquentes que la majorité de ses contemporains. Il profite de son succès pour réaliser en 2005 son film le plus personnel, le plus intimiste The Weather Man. Et là il devient évident qu'il y'a une patte, une personnalité. Nicolas Cage interprete dans le film un presentateur météo obsédé par sa carrière, dont le couple par en degringolade, et qui se fait constamment humilier par des passants lui jetant des emballages de fast food. Refoulé comme produit de la société de consommation, le personnage adopte le cynisme et l'arrivisme. Aveu d'echec face à ses ambitions artistiques d'adolescent? Ou volonté d'exorciser la mauvaise conscience que lui donne son emploi d'executant de studio? En tout cas Verbinski est, quoi qu'il puisse penser, l'equivalent contemporain d'un Curtiz (décidemment...), executant de studio certes, un "Yes-man" comme on dit, mais un véritable faiseur capable d'insuffler personnalité et grandeur à n'importe quel scénario si tenté qu'il soit bon. Dans the Weather Man, il apparait évident que le "Yes-man" a une préference pour les plans clairs d'une blancheur aveuglante, une photographie à la patine fluide et fascinante (tendance que l'on retrouve souvent dans Pirates des Caraïbes). Une vraie personnalité à Hollywood.

Post-modernisme, encore et toujours...

Si l'on devait reconnaitre une seule qualité à ce nouvel opus, c'est sa capacité à élargir encore et toujours un univers déjà riche et envoutant. Est abordé ici le film de sabres ou le western-spaghetti (Verbinski fan de Tarantino?). Car il n'est finalement pas très évident d'insérer du Ennio Morricone ou d'enmener ses  vaillants personnages dans les faubourgs de Singapour, quand on réalise un Swashbuckler. On a pourtant jamais l'impression d'assister à une bouillie visuelle hétérogène et incohérente, mais plutôt à une belle vision du monde, une vision hollywoodienne, consensuelle mais pas tant que ça. Si elargissement il y'a, c'est bien élargissement du propos. La confrérie internationale des Pirates (Afrique, France, Inde, Japon...) s'allie courageusement face à l'imperialisme sans codes ni honneur. Si il y'a honneur chez les Pirates, c'est bien celui de ne pas nuire à celui qui aime la liberté tout comme lui. Après l'epaisseur gagnée d'Orlando Bloom dans le Secret du Coffre Maudit, c'est ici Keira Knightley qui se voit gratifié de profondeur, piquant littéralement la vedette à son conjoint qu'on croyait définitivement classé comme héritier du panache d'Errol Flynn. Tout faux. C'est Keira qui prend les commandes et qui débite le merveilleux discours aux foules sur la liberté et le "Vivre ensemble, mourir seul". Un beau renouvellement du mythe.

Spoiler

La tragedie est toujours là. Les destins, bien que chaotiques,  ne sont pas toujours  tendres.  Le jeune et torturé William Turner, incapable de tuer le père (au propre comme au figuré), est condamné à ne voir sa belle qu'une fois la décennie, à errer sans fin pour aider au passages des ames en peine dans l'entre deux mondes. Un final bouleversant et bien vu qui s'avère être la plus belle réussite du film. La figure des amants maudits, condamnés par leur incapacité à décider et à agir ensemble, mais liés par leur irrémediable attirance mutuelle. On obéit aux codes Hollywoodiens tout en obéissant aux codes de la Tragédie classique. Au final, on obéit à rien. Et on crée un magnifique final de cinéma. Remarquable.

Fin du Spoiler

PDC3 a parfaitement su transformer l'essai du second qui s'imposait déjà comme un merveilleux plaisir cinématographique. On attendait donc pas vraiment ce troisième opus, on était même plutôt inquiet devant la masse de travail à réaliser, devant tant d'intrigues à conclure, tant de personnages torturés. Le pari est réussi, preuve que les deux suites ont vraiment été ecrites dans la continuité et la clairvoyance. Le talent à Hollywood existe vraiment. Esperons que ce coup de pot extraordinaire ne soit pas une belle parenthèse enchantée et qu'on puisse tout de même beneficier de notre lot minimum de trois excellents blockbusters par an. Pour 2007 c'est bien parti mais après?

Commentaires

Par Mumu le 28/05/2007 à 15h42

Mon pseudo était : "De l'outrancière critique de celui qui a qualifié Pirates des Caraïbes 3 d''aussi bon cinéma' "

Par De l'outrancière cri le 28/05/2007 à 15h38

Alors oui, ce que je vais te dire là Antoine, en gros, c'est que tu n'aurais jamais 't'y mettre' cette nuit de samedi à dimanche à cette critique-là de ce film-là car je ne pensais pas que ton goût pour ... Pirates des Caraïbes 3 allait si loin...
Je suis affligée, désolée, de voir que ce que tu dis de ce film vient "entacher" tes critiques d'autres films sur ton blog, qui sont plus qu'excellentes !
Oui, le troisième volet est la continuité du deuxième, tous deux étant de sombres daubes.
Oui, ce film n'est pas réaliste, il figure une demande en mariage en pleine guerre de deux mondes. Car oui, Elizabeth Swann et William Turner qui ne se touchent pas de presque tout le film s'éprennent en une quasi scène d'amour en pleine bataille, que dis-je en pleine guerre !! Et ouais çà les fait bander la guerre à ces deux-là, c'est le pied quoi !
Ici, on passe du Plaisir, comme tu dis, à un ridicule grotesque, à un non-réalisme en totale contradiction avec ce que tu appelles le post-modernisme.
Pourtant, je te l'accorde la première séquence est magistrale. Mais çà s'arrete là. Le film hélas ne va pas plus loin que cette référence à Michael Curtiz... Et Verbinski réussit bien ses débuts de film mais pas ses fins, j'en suis désolée. La dernière heure est interminable si bien que les crises de rire avec ma voisine se sont changées en crises d'angoisse du genre "Où est la sortie de secours s'il vous plait?"
'Insécurité narrative' ? Oui, l'insécurité de faire s'ennuyer le spectateur et de ne pas savoir comment finir toute cette histoire. De plans inutiles en plans inutiles (vous pensez pas que les doubles de Sparrow dans sa prison, çà en fait un peu trop, qu'une fois çà va mais deux...), le scénario stagne, si tant est qu'il y en ai un.
Pardon ???? Pirates des Caraïbes 3 avec un sous-texte politique intelligent ? Quoi ??? Pirates... un 'aussi bon cinéma' ? Et maintenant un Disney communiste ????
Pour le coup, le vieux Walt, corriace républicain, doit vraiment se retourner dans sa tombe... Et excuse-moi, mais MAtrix dans sa critique fervente contre la société capitaliste et manipulatrice du XXIème siècle réussit bien mieux dans sa dimension politique et s'en trouve bien plus militante, ne serait-ce que par la présence des Wachowski qui ont tout de même produit le film révolutionnaire V FOR VENDETTA. Donc, là, je suis désolée, Antoine, mais tu mélanges les chiffons et les serviettes !!!
Si cette production est communiste alors j'attends qu'elle offre la place à un tarif unique pour tous : 2 euros pour tout le monde ! et qu'on se partage les recettes surement pharamineuses ! (avec 300 millions de dollars on peut au moins venir en aide au Darfour ..)
Voilà. Et dans cet idéal de liberté pronée par Swann je me dis : bon Dieu, quelle liberté ! Condamnée à attendre son amant pendant dix ans sur le rivage, n'est ce pas le voeu de chasteté le plus contraignant et le plus aliénant.
Renouvellement du mythe, certes, mais celui de la femme pieds et poings liés à son mari. Même si le personnage d' Elizabeth Swann relève peut etre pour toi d'un brin d'optimisme féministe, Keira Knigthley interprete son rôle de maniere très figée avec la moue toujours identique des pin up des magazines féminins :0
Et loin d'être une vedette 'profonde' dans ce film, elle surjoue comme ces confères de pirates jusqu'à nous faire plier en quatre de rire ou cacher sous notre siège de honte.
Alors voilà, sous prétexte que le casting figure un Johnny Depp (qui a l'air comme le spectateur de se faire chier grave) et que le budget est de 200 millions de dollars, on doit aller voir ce film et s'en contenter comme un film à pop corn de plus, d'une lourdeur esthétique qui flirte avec la laideur la plus ignoble et la plus affligeante pour un film destiné au jeune public. Car Davy Jones et Co sont bel et bien difficiles à regarder tout au long de ce navet, si bien que j'étais étonnée de ne pas voir à coté de mon siege, comme dans les avions, des sacs en papier pour gerber.
Décidément, aujourd'hui, en 2007, après avoir vu Pirates des Caraïbes 3, je regrette le temps des films muets soviétiques d'un Eisenstein ou d'un Vertov dont on a même pas le droit d'établir une comparaison avec des films aussi peu convaincant que ce Verbinski.
Donc me voici moins frustrée qu'au moment où j'ai lu ta critique Antoine dont je ne partage pas une seule idée... mais c'est bien, çà permet d'engager le débat.
Avec toute mon amitié,
Muriel



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