Les Corrections de Jonhattan Franzen
Quel auteur que ce Jonhattan Franzen... Un vrai souffle littéraire et romanesque souffle sur cette tragédie familliale qui sait si bien retranscrire les enjeux d'une époque troublée. L'auteur nous rappelle qu'il n'y a pas mieux que le naturalisme et que la saga familliale pour arriver à décrire un pays, un contemporain. Proche d'un Zola, Franzen nous compte l'incroyable et intimiste epopée de ces Rougon-Macquart des temps modernes sont l'objet de l'instantanné d'une Amerique en perte de vitesse et d'idéaux.
Le livre raconte l'histoire d'Enid et Albert, honnetes travailleurs du Midwest, et de leurs trois enfants Gary (homme d'affaire arriviste et alcoolique), Chip (professeur de faculté gauchiste et foucaldien) et Denise (chef cuistot à la vie sentimentale compliquée). Dans un globe mondialisé ou les Etats-Unis occupent une place centrale et nevralgique, n'importe quel occidental bercé par la société de consommation depuis sa plus tendre enfance est capable de s'identifier au destin de tel ou tel personnage des Corrections. Franzen ne fait preuve d'aucune tendresse avec son époque, et les moeurs de son pays bouffé par l'obsession du fric et l'addiction aux medicaments. Il fait preuve d'une cruauté similaire envers ses personnages, qu'il regarde se debattre en quête permanente entre leurs ideaux et leurs réalités. Mais c'est la tendresse qui finit toujours par triompher. L'amour ne sauve personne et le bonheur n'est jamais gratuit.
Les Corrections restera comme un classique absolu, une virtuosité naturaliste très XIXeme parfaitement adaptée aux enjeux d'une fiction on ne peut plus ancrée dans son époque. C'est un témoignage brillant et pertinent du désespoir qui peut agiter la civilisation occidentale. Fait remarquable : il a été ecrit avant le 11 septembre et ne s'inscrit donc pas dans cette veine traumatisée de la littérature américaine des années 2000. Il expose froidement et sans concession l'affreux déclin de l'empire américain.
Alors que le trip hypra perso de John Lasseter Cars avait réussi l'exploit de rendre dubitatif aussi bien le public que la critique, les interrogations concernant la machine rêves Pixar commençaient bien logiquement à pointer le bout de leur nez. La fusion entre le studio californien et la firme de Mickey ne gate rien. Disney bouffera-t-il Pixar ou Pixar reformera-t-il Disney de l'intérieur? Des enjeux dantesques et incertains. C'est dans ce contexte que sort en plein milieu de l'été le premier film Pixar produit après l'association définitive des deux studios : Ratatouille.
Le réalisateur? L'excellent Brad Bird au CV éblouissant : Ancienne tête pensante des Simpsons, réalisateur du Géant de Fer, débauché par Pixar au début des années 2000 pour réaliser les Indestructibles, un des incontestables chef-d'oeuvres du studio.
Bien que Ratatouille ne soit pas un projet personnel comme le fut les Indestructibles (il vient ici porter secours à Jan Pinkava à l'origine de l'histoire originale et des personnages), on avait le droit d'attendre le meilleur de cette histoire de petit rat cuisinier.
Et on avait raison.
Ratatouille continue le processus de renouvellement du cinéma d'animation. On finira par se lasser mais Pixar est toujours le meilleur studio d'animation du monde. Toute tentative cinématographique d'animation est vouée a l'echec si elle souhaite rivaliser avec les films de Pixar. Prenons, par exemple un film Dreamworks, Shrek ou Happy Feet. Bien sur les morales sont interessantes et peuvent être originales voire couillues. Les personnages sont bien ecrits. Les gags droles. L'animation généralement brillante. On pourrait très bien s'en contenter... S'il n'y avait pas Pixar... S'il n'y avait pas l'etincelle qui caracterise les films de la firme. La perfection graphique ne suffit plus. Il faut la volonté de s'affranchir du système marketing qui pourrit Hollywood, et qui pourrit le cinéma d'animation. On ne sait par quel miracle mais les génies de chez Pixar y parviennent. Ils sont leaders, leurs films sont les plus rentables et ils arrivent à produire n'importe lequel de leurs films comme si il était le premier et le dernier. Comme si ils n'avaient jamais evolué depuis le coup de poker que fut le premier Toy Story en 1995. Un tel age d'or pourra-t-il durer encore longtemps?
Le film en lui-même nous compte l'histoire de Remy un petit rat cultivé et passionné de cuisine se retrouvant separé de sa famille, seul à Paris. Guidé par l'esprit de Gusteau, chef cuistot renommé, il sympathise avec un commis aux cuisines timide et maladroit. Leur association servira à la révélation au monde des incomparables talents culinaires du petit rongeur.
Ce qui différencie le plus les films du studio du reste de la production d'animation américaine, c'est le scénario. Un script basique d'animation repose toujours sur les mêmes clichés, les mêmes schémas. L'exemple Shrek est édifiant, la saga réussissant le tour de force de faire croire au public à l'originalité et l'intelligence du projet, alors que chaque étape obligée d'un scénario basique est respecté. Brad Bird voit plus loin. L'influence fondamentale de Ratatouille reste Billy Wilder. Esthétiquement et thématiquement d'abord. Mais aussi scénaristiquement. Les cinq actes chers au maitre Viennois sont respectés. On retrouve cette ironie mordante, cette volonté farouche de créer une galerie de personnages iconoclastes et attachante associée à une vision de l'amour et de l'amitié attachante et tendre. C'est le Paris d'Irma la Douce ou d'Ariane qu'on reconnait ici. Un Paris touristique certes, mais qui s'assume comme tel. Une association des clichés que la ville Lumière peut véhiculer dans le monde. L'amour fou et passionnel (un couple se tirant dessus au revolver pour s'embrasser de plus belle l'instant d'après) ou la furie caracteristique à la cuisine d'un grand restaurant.
Un film splendide, un niveau de plus encore à ce à quoi Pixar nous avait habitué. Avec le déclin de l'empire Myiazaki, quel autre grand vendeur de rêves nous reste-t-il? Cherissons Pixar tandis qu'il en est encore temps...
The Game - David Fincher
Il est quelque chose de particulier avec tous ces thrillers des années 90. Y'en a eu des tonnes, que France 2 se plait a rediffuser à longueur d'années (genre vous savez les Wesley Snipes "Meurtre à la Maison Blanche" ou je ne sais quoi). C'etait une vraie mode. On nous en a servi du Bruce Willis, du Morgan Freeman ou du Ashley Judd. Le genre tombe en relative désuetude, plus propice à un accomplissement populaire à travers le medium televisuel. De merveilleuses series comme FBI portés disparus, Cold Case ou 24h Chrono pour ne citer qu'elles. La ou je veux en venir, c'est que dans toutes les mouvances, il y'a des trucs qui ressortent et qui semblent inusables. Les films de David Fincher en font partie. Je revoyais il y'a peu en dvd Usual Suspects de Bryan Singer. Que ce film, bien que réussi et bluffant à chaque fois, reste terriblement engoncé dans son époque. Ca pue les années 90 à plein nez! On pourrait parier que dans 40 ans on regardera plus Usual Suspects pour sa valeur historique, symptomatique d'une époque que pour sa capacité à scotcher le spectateur. A la reflexion et avec le recul, ce n'est pas le talent de conteur de Singer qui est à remettre en question (il nous l'a reprouvé à de maints reprises depuis) mais plutôt le scénario qui après toutes ces années nous apparaît comme un peu vide, voire vain. Son plus grand mérite, avoir réussi un merveilleux méchant de cinéma. Mais je m'eloigne de mon sujet. A l'opposé de Usual Suspects, The Game semble ne pas conduire. La personnalité, le style de son auteur immediatement reconnaissable n'y est pas pour rien. On est bien chez Fincher, ce poète de la crasse urbaine, des parkings bleutés et des cameras de surveillance. La dernière fois que j'ai vu The Game, ça devait etre à peu près deux ans après sa sortie cinéma. Je devais avoir douze ans. On ne voit pas les mêmes choses à douze ans qu'a dix-neuf, c'est évident. Pour moi, à l'époque, The Game c'était un thriller du dimanche soir, à la mécanique sublimement huilé. Le pantin m'avait particulièrement marqué, il m'effrayait un peu je pense (tant et si bien que j'etais etonné qu'il n'ait pas plus de présence à l'ecran, contrairement au souvenir du film que j'avais gardé). Depuis le temps, David Fincher c'était devenu plus qu'un réalisateur de thrillers pour moi. C'était Mr. Fight Club d'abord, celui qui avait réussi à faire la critique du capitalisme la plus violente et la plus profonde à l'intérieur même du sérail Hollywoodien. Puis c'est devenu plus récemment, Mr. Zodiac, le chien fou assagi à la complexité thématique decuplée. The Game m'apparaissait donc sous un jour différent. Beaucoup moins conventionnel qu'il n'y parait, Fincher rejoint Hitchcock non plus seulement par son imposante virtuosité mais aussi et surtout par ce pur et simple plaisir de la manipulation des personnages. The Game, c'est un peu mille et une façons de pourrir le train de vie d'un enculé de capitaliste, de l'intimidation jusqu'au nettoyage à sec de ses comptes en suisse, en passant par un aller simple pour Mexico sans papiers ni dollars. Comment n'avais-je pas pu voir ça à l'époque? Tout simplement parce que The Game, c'est un peu un prémice à Fight Club. Un parcours de vie où le "When you've got nothing, you've got nothing to lose" de ce cher Dylan prend tout son sens. Tout recommencer de zero, pour pouvoir vraiment profiter pleinement de l'existence sans imperatifs sociaux ou culturels. A la fin tout cela n'etait qu'un jeu, et à Sean Penn, le petit frère, de dire "fallait que je fasse quelque chose, tu devenais vraiment con...". C'est rassurant de se dire comme ça peut faire des films aujourd'hui à Hollywood, non?
Vous descendez? - livre de Nick Horny
J'ai decidé de parler un peu plus d'une autre de mes passions : la littérature. C'est vrai, je me suis rendu compte que je lisais assez souvent et que cette partie de mon existence n'était pas du tout proportionnelle aux nombres de critiques littéraires sur ce site. Il faut dire que pour être franc, la critique littéraire, déjà le terme me parait pompeux et pretentieux (bien plus que la critique cinématographique, il faut croire) et que ça m'a toujours un peu effrayé. Quand j'etais plus petit je ne lisais pas beaucoup. J'ai plutot une culture de magazine et de télévision à la base. J'ai toujours eu peur de ne pas avoir les connaissances, la prétention suffisante. Parce que je n'ai pas lu tout Flaubert ou Zola, des fois je me dis que ça ne m'offre pas la légitimité de donner mon avis sur la littérature. Alors que c'est con, il y'a des Bergman que je n'ai toujours pas vu, et je ne me gene pas pour dire que Pirates des Caraibes 3 est un chef-d'oeuvre (ce qui ne me met pas à l'abri de la polémique, soit dit en passant). Le livre en question est une de ces comedies legerement grinçantes et pourtant d'une drolerie rafraichissantes dont Nick Hornby a le secret. Nick Hornby pour ceux qui prennent le train en marche, c'est un anglais, un pape de la culture populaire mondiale (dans ce que le terme culture populaire a de plus général) et un type qui sait délicieusement capter l'air du temps. Par deux fois, il a été l'objet d'adaptations cinémtographiques (et oui on y revient...). La premère, c'est High Fidelity, que certains ont vu j'espere. Avec John Cusack, Joan Cusack (si ce n'est donc toi, c'est donc ta soeur!), Tim Robbins et l'inénarrable Jack Black. L'histoire d'un disquaire paumé, qui passe ses journées avec ces deux employés à eriger des tops 5 ("Top 5 des chansons que tu voudrais qu'on passe à ton enterrement!", "Top 5 des meilleures faces B de tous les temps!", j'en passe et des meilleures...) et qui vient de se faire larguer par sa copine. La seconde, c'est Terrain d'Entente des Frères Farrelly avec Jimmy Fallen et Drew Barrymore. Adapaté de Carton Jaune, le film opère une délicate traduction du monde du foot anglais à celui du base-ball américain. Ce passage sert l'universalité du propos de Hornby, et sa propension à traduire l'état d'esprit de nos sociétés occidentales. Vous Descendez? donc, c'est son bouquin le plus extrème dans le genre. Quatre paumés se rencontrent sur la tour du saut (un endroit ou les gens vont généralement pour se suicider...) à Londres le soir du réveillon du Nouvel An, et s'empèchent ainsi mutuellement de se suicider. Je sais ce que vous vous dites... Soit c'est tres deprimant... Soit c'est très melo... Ni l'un ni l'autre. C'est ce qui en fait le meilleur livre de son auteur. Il illustre avec brio à quel point il peut se permettre d'eviter les ecueils non seulement en les contournant, mais surtout en passant à un bon millier de kilometre à coté. La narration est évidente, claire et limpide et navigue parfaitement entre les styles, chaque chapitre racontant l'avancée de l'histoire selon le point de vue d'un des quatre personnages. Ce parti pris expose l'incapacité de se comprendre sans condescendance, seulement en l'acceptant, ce qui n'empeche pas les personnages de s'entraider et de parfois avoir des instants de lucidité et d'intelligence tout simplement bouleversants. J'essaierai plus souvent de m'adonner à ce genre de critiques, c'est assez simple en fait...
Sinon, qu'est ce que je pourrais raconter... C'est bien la Corse! Bon ok... Pas de surprises. Je suis toujours heureux d'y retourner. Quand je suis à Paris, j'y pense souvent. A cette insouciance, cette beauté de l'instant, cette façon de glander totalement différente qu'à Paris. J'y repense à Paris parfois, mes petits bars me manquent. Je ne peux pas aller voir certains films, et ça c'est une vraie carence (d'ailleurs si certains d'entre vous ont vu Tenacious D : Pick of the Destiny, qu'ils laissent un petit commentaire pour me dire ce qu'ils en ont pensé. Par contre si vous êtes allés voir Ocean's 13 ou Shrek 3 c'est pas la peine...).
Lola ma chérie, je pense à toi. Je n'ai pas pu t'appeller là. Mais si tu lis ça, sache que Damien et moi pensons serieusement à venir te voir. Alors garde bien les fesses sérrées en attendant.
Ah! La carte bleue de Cecilia. Vous avez vu ça? C'est incroyable quand même. Une carte de crédit qui te permet de prendre ce que tu veux, c'est l'état français qui paye. Il parait qu'elle ne l'a utilisé que pour deux ou trois déjeuners d'affaire. Des affaires de quoi? Avec qui? Laetitia Hallyday? Pour se réjouir mutuellement de la baisse du bouclier fiscal? Je suis sur qu'elle nous a fait Pretty Woman sur l'Avenue Montaigne avec sa carte. C'est le rêve ça quand même. Une carte bleue illimitée presque. Qui puise l'argent sur le même compte avec lequel on construit des autoroutes ou des hopitaux. Vous feriez quoi avec? Ca vous ferait chier de l'utiliser? Laissez des commentaires là aussi pour laisser vos impressions. C'est quand même une question fascinante...
Et un nouvel opus parfaitement réussi pour Jack et Meg. D'un coté je ne suis peut-être pas vraiment objectif. Etant fan, chaque étron de Jack pourrait s'apparenter pour moi à un cadeau divin. Et après tout, je m'en fous... C'est surement un signe. Trois années (quatre? je ne sais plus...) de fan attitude totale et décomplexée pour le binome de Detroit et pour son leader à l'integrité artistique inegalée, c'est un signe qui ne trompe pas. Je me serais lassée si c'était vraiment de la merde au bout de tout ce temps, non?
Bref, Icky Thump est une petite merveille qui séduira sans aucun doute les déroutés de Get Behind me Satan (comment a-t-on pu être deroutée par une merveille pareille, enfin bon...) et surtout les fans d'Elephant. Jack White ne cède toujours rien aux sirenes du show biz et de l'Art programmé, il a simplement trouvé la formule. C'est-à-dire évoluer dans la même direction avec ce que ça implique d'experimentations et d'instruments etranges (cornemuses, trompettes, orgues, calviers electroniques d'avant l'electronique...) tout en lorgnant toujours vers la pop et même le hip-hop. A ce propos, Brendan Benson, second chanteur-guitariste des Raconteurs, a dit de Icky Thump qu'il s'agissait de "l'album hip-hop " de Jack. Quelle pertinence ce Brendan tant certains titres rappellent étonnament le flow de Eminem (Icky Thump) ou les délires vocaux d'un Dre (Rag and Bone). On commence avec le premier single, la chanson qui donne son nom à l'album, et que j'avais déjà pu écouter il y'a plus d'un mois. C'est un echapée heavy des plus épiques, avec un riff à la Led Zep, une fausse cornemuse au clavier qui évoque aussi bien l'Ecosse traditionnel que les musiques minimalistes des jeux d'arcade des années 80. Pour le reste, on a droit à un revigorant coup d'oeil dans le rétroviseur, Bone Broke et Catch Hell Blues évoquant inévitablement le garage puriste des tout premiers albums. 300 mph Torrential Outpour Blues, morceau fleuve de 6 minutes, est à l'image des délires tordus de l'album précedent, calme et enervé, torrentiel et posé, on ne sait plus ou donner de la tête, et plusieurs écoutes sont nécessaires à la pleine acceptation d'une telle absence de concessions. Le second single indubitable reste cependant ce merveilleux You don't Know what Love is (You just do as you're told), petit hymne moraliste et emporté dont la parfaite stase pop rappelle à quel point White a parfaitement dirigé l'art de génies comme Mercury et Bowie, chose qu'on savait déjà depuis Elephant. Mais les deux meilleurs morceaux de l'album restent et resteront I'm Slowly Turning into You et A Martyr for my love for you (respectivement numéros 10 et 11). Deux chansons comme parfait panel representatif du talent de White, protéiforme. La première est indéscriptible. Gai? Sombre? Enlevée? Tube? On alterne un rythme simple à l'orgue dans un premier temps. Les paroles, enigmatiques, s'apparentent à une déclaration d'amour. Deçue? Sexuelle? Un songwriting imagé, qui flatte l'imagination, mais qui a le goût de rester mysterieux en permanance. Le passage à la guitare au refrain est jubilatoire, ample et le morceau se termine sur un deferlement sonore quasi-abstrait (pas étonnant quand on sait que le morceau est inspiré d'une idée de clip de Michel Gondry pour le duo). L'impression d'écouter une grande chanson se mèle à un délicieux sentiment de n'avoir jamais entendu ça nulle part. Le second morceau quant à lui est une ballade dont Jack a la secret. Dans la veine de The Same boy you've Always Known, Truth doesn't make a Noise ou As Ugly as I seem, parmi ses plus belles réussites. Ici, l'histoire d'un amour d'adolescence déçu. Le thème de l'enfance se substitue à des sentiments plus noirs, plus amers. L'orgue et la guitare alterné ici aussi. Mais une pudeur bouleversante et un refrain superbe, à la guitare fuzz, ce qui ne retire rien à la dimension intime. On pense à Leadbelly ou Kurt Cobain.
Mais au final, ce n'est que Jack White, un artiste majeur de notre temps qui sait ou il va, est généreux envers son public tout en n'essayant jamais de le caresser dans le sens du poil. Rien que pour ça, les White Stripes meritent tout votre respect.
Sujet à polémique, cette fois encore. Pourtant je ne l'aurais pas imaginé. Mes detracteurs habituels (ceux qui aiment 300, et ceux qui n'aiment pas Pirates des Caraïbes pour ceux qui ne suivent pas) ont pourtant adoré le dernier Quentin Tarantino. Et c'est son plus grand fan, mon cher Damien qui cette fois conchie le film en question n'hesitant pas à le qualifier ni plus ni moins de "merde". Ah Damien... Dieu sait si tu as évolué sur bien des points, mais il te reste des aspects de ta personnalité à peaufiner tout de même.
Grosso modo, les critiques négatives faites au film pointent son prétendu manque d'ambition. Ambition qui ne faisait pas défaut à Kill Bill quoiqu'on puisse en dire. Ici on dénonce les carences scénaristiques, l'aspect "plaisir coupable" du projet.
Je ne dis pas que nous avons affaire au meilleur film de Tarantino (quoique...) mais il est tout bonnement honteux de dénigrer Boulevard de la Mort parce qu'il procure du plaisir au spectateur. Et on ne pourra cependant en aucun cas renier le fait que Boulevard de la Mort est un film plaisant. Doux euphemisme même tant les scènes de dialogues et de poursuite constitue ce qu'on a pu voir de plus jouissif sur un ecran en 2007.
Honnêtement, depuis le 6 mai, votre serviteur accuse un peu le coup. L'actualité politique et sociale française n'etant pas une source de réjouissance, point d'autre solution pour moi que de me refugier dans les salles ou d'abriter mes cheres petites oreilles autour d'un reconfortant casque branché à un lecteur mp3. Et heureusement, mon coeur et mon esprit d'esthete accro à l'émotion et au plaisir a pu trouver dans l'actualité artistique de quoi lui remonter le moral. Le final de la merveilleuse première saison de Heroes. Si vous avez la TNT ne vous genez pas pour la regarder cet été en VOST sur TF1 (pour une fois que je vous conseille de regarder TF1...). Le concert et le nouvel album des White Stripes aussi. Le binome de Detroit savent comme personne me foutre ces si revigorants noeuds à l'estomac. Mais rien ne m'a plus rempli de joie que le nouveau Tarantino. Il y'a des choses qui ne changent pas. Et quoi qu'il fasse, Q.T. saura toujours nous regaler de sa mise en scène virtuose et de ses conseils cinematographiques et musicaux inestimables.
On retrouve Quentin là ou on l'avait laissé en 2004, avec le sublime second volet de la saga Kill Bill. En plein trip regressif de cinéma bis et de films de femmes bafouées et revanchardes. Evolution... Kill Bill était une gigantesque marmite, une epopée de 4 heures dans laquelle le réalisateur s'amusait à fourrer pêle-mêle les codes de ces cinématographies oubliées en matinant le tout de romanesque et de classique. Pure démarche d'esthète. Intelligence du procédé. Pour Boulevard de la Mort, le metteur en scène semble opérer une marche arrière monumentale. Il adopte pour les besoins du film-concept Grindhouse (dont Boulevard de la Mort n'est qu'une des deux parties) le format même des films qu'il admire. Un simple slasher-actioner (bien que l'association des deux genres est quasi-inédite) avec ce qu'il faut de bavardage pour évoquer toute l'histoire de la serie B, genre fauché par définition.
Le film est donc clairement separé en deux parties. Esthétiquement d'abord... Couleurs delavées, brulures et autres rayures sur la copie pour la première partie, on a vraiment l'impression de regarder un pauvre film pérdu dans les rebus d'un cinéma de quartier. Puis technicolor flamboyant passant par une mise en valeur petaradante des couleurs les plus flashys pour la seconde partie. Dans le ton, tout est différent aussi. On pense à Jackie Brown pour la mélancolie, les blessures secrètes de demoiselles moroses et tendres. Leur mort n'en sera que plus cruelle. La première partie se termine sur un accident de voiture d'une cruauté abominable, Tarantino condensant en une scène d'une minute son art pour montrer une scène sous des angles differents. Ainsi la mort de chaque jeune fille de la voiture est montrée avec une precision quasi-chirurgicale. L'aspect sexuel du meurtre est explicite. La seconde partie entièrement de jour, respire quant à elle la joie de vivre, la beauté du sentiment féminin dans son ensemble. On s'attache vite fait à ces amazones cascadeuses et sexuées, passionnées de mode et de voiture. Elles travaillent dans le cinéma et sont unies dans l'adversité. On a là en trois quart d'heure tout ce qui fait le jubilatoire du cinéma de Q.T. Une succèssion de scènes de dialogues d'anthologie et de scènes d'action filmée avec la démesure du grand metteur en scène, et l'inaltérable respect du fan. Pas de plans larges, pas d'effets speciaux numériques. Reac le Quentin?
Sa peinture du monde féminin nous prouve le contraire. Ses dialogues, proches de la verve un temps regrettée de Reservoir Dogs, s'adapte parfaitement aux discussions de jeunes demoiselles et le bonheur de la langue tarantinesque est là. Ce bonheur qu'on ne sait jamais véritablement expliquer, ce même plaisir qu'on pourrait apparenter à une sorte de private joke universelle, ce plaisir du phrasé que l'on ne retrouve qu'à l'ecoute des meilleurs disques de hip-hop, ce plaisir du second degré si proche du quotidien.
Une lettre d'amour au cinéma, une lettre d'amour aux femmes, bien sur. Rien de neuf depuis Kill Bill alors? Oh oui, que du neuf. Une façon d'aborder le cinéma inédite. Et l'amorce d'un certain recul sur son Art. On ne serait pas etonné de voir le cinéma de Tarantino évoluer radicalement dans les prochaines années, tant ici Quentin s'acharne à condenser tout ce qui fait le sel de son Art en moins de deux heures. Le film prend son temps (comme Pulp Fiction) et pourtant est jouissif comme jamais (comme Kill Bill Vol.1). Il est mélancolique (comme Jackie Brown) et pourtant plein de joie de vivre (comme Pulp Fiction). Il pousse même le vice jusqu'à exposer à l'extreme son fetichisme des pieds, aspect plutôt discret (bien que fascinant et connu pour les femmes) de son art jusqu'alors.
On ne sait pas trop comment qualifier le dernier Tarantino, et c'est tant mieux. Ce dernier prend ici le risque de ne pas être prit au sérieux en prenant les atours esthétiques d'un film de pur divertissement. Il prend le risque d'être accusé de parodier son propre style. Il n'en est rien. Il a simplement comprit que ce qui fait l'essence de son cinéma ne sont pas ses dialogues ou ses mouvements de caméra. Mais son ame. Son merveilleux talent d'observateur des moeurs de son temps (on le sait fan de Rohmer) et son empathie profonde pour ses personnages. Et même dans ce qui s'apparente à un simple film de drive in, cette ame reste, est toujours là et le film hante longtemps.
Dans mon eternelle reflexion sur le post-modernisme, je qualifierais Boulevard de la Mort d'avancée. Tarantino n'a pas cherché à sublimer, à insuffler du romanesque à un genre qui ne l'est pas forcèment à la base (comme il l'a brillamment reussi dans Kill Bill). Il jette à la gueule du public un brut de pellicule comme pour s'amuser à guetter ses réactions. Vont-ils reconnaitre la tendresse sous la violence? La virtuosité sous les défauts techniques? La profondeur sous la légereté? L'intelligence sous le plaisir? Telles sont les questions que Tarantino aurait pu se poser quand il a presenté le film à Cannes.
On ne peut que conseiller tant de nervosité, d'amour et de générosité réunis dans un seul film. Un film qui sait évoluer avec son temps (l'émancipation de la femme) tout en gardant ce coté naïf et optimiste qui fait les oeuvres attachantes.
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