The Antoine's Blog

Scrubs

le 20/09/2007 à 03h01
Scrubs n’est pas exactement la meilleure série du monde. Loin de là, même. Les codes sont grosso modo les mêmes et incarnent cet art fusionné du feuilleton (histoire qui évolue progressivement au fil des épisodes) et du formula show (série dont la structure narrative se répète plus ou moins inlassablement d’un épisode à un autre). Scrubs est donc un pur produit du réseau hertzien etats-unien, et malgré la réjouissante liberté de ton qui caractérise le show, peu d’audaces narratives, formelles ou intellectuelles sont à constater.
Et pourtant, la série est drôle, attachante, bien écrite et bénéficie d’une interprétation soignée. Les personnages sont attachants. Les couples se font et se défont moyennement mais on ressent une certaine jubilation à voir ces beaux, drôles et complexés jeunes médecins évoluer sans jamais véritablement évoluer, retenir inlassablement les mêmes leçons sur le passage à l’age adulte et les prises de responsabilité.
En ce qui me concerne, je suis toujours fasciné par la beauté, non pas seulement des simples personnages, mais des relations entre chacun de ses personnages. Ce n’est jamais dans la création d’une entité fictive que réside le génie. Mais dans les liens qui se tissent entre ses entités, ces mêmes liens qui les font bouger, se remuer, se débattre, se secouer pour finalement les révéler à eux-mêmes. JD, l’interne rêveur gaffeur, tient en admiration son mentor grande gueule, égocentrique et névrosé, le Dr. Cox, modèle de nervosité, tout en sarcasme et en ironie. Le ressort comique naît de l’évidente jubilation devant les constantes remontrances que lui inflige son aîné. Le ressort émotionnel naît de ce non-dit : la tendresse et l’admiration que ressent le Cox pour son petit protégé.

Scrubs est donc une excellente série, un standard plus qu’honorable et qui prouve que même à travers ses aspects les plus mineurs, la série télévisée américaine se porte bien, merci.

Critiques

le 20/09/2007 à 02h59
Hairspray : 8/10

Un avatar de plus de l'avènement des remakes de comedies musicales hollywoodiennes. Le principe est simple, on prend une comédie musicale de broadway elle-même adaptée d'un film qui n'était pas une comédie musicale à l'origine, et on boucle la boucle on sortant un jouissif petit bonbon plus ou moins acidulé mais splendidement choregraphié, composé et joué avec jubilation et talent. A partir de ce procédé, Les Producteurs avait été une réussite. Reefer Madness avait été une réussite et... Surprise! Hairspray est une réussite ! Bien que mal monté et souffrant d'un légère surpoids musical (quelques chansons imposent un léger flottement dans la narration). On sort avec le sourire, des chansons plein la tête et on peut même s'enthousiasmer devant un propos pas aussi trash que dans un film de John Waters mais plus subtile qu'un Michael Moore. Que demande le peuple?

2 days in Paris : 8,5/10

Une bonne surprise. On s'émeut, s'enthousiasme de la maturité de la première oeuvre d'une jeune actrice qu'on trouvait (à tort) aussi antipathique il y'a de cela quelques mois. Puis surtout c'est drole. Indéniablement drole. Au final, on en oublie les quelques faiblesses inhérentes à un coup d'essai cinématographique, on est relativement impressionné par une certaine justesse des sentiments directement herité de la veine familliale et nevrosée du meilleur Woody Allen, un sens du burlesque affuté, et l'intérpretation tordante d'Adam Goldberg. On en oublie même que le film est tourné en dv. Ce qui, en ce qui me concerne, est un veritable tour de force.

Persepolis : 9/10

Emouvant à chaque instant, la réussite du film de Satrapi et Peronnaud réside principalement dans les choix esthétiques de ces derniers. Ce cartoon expressionniste et autobiographique accouche d'un ton résolument iconoclaste, original. A l'encontre de toute volonté de retranscription historique pure et dure (après le succès mondial de sa bande-dessinnée, Satrapi reçut des propositions d'adaptation live de la part de studios américains. Le résultat du duo confirme la pertinence de leur décision d'en rester au dessin), le film met les guerre et les revolutions, au même niveau que les peines de coeur ou la perte d'un être cher. Pareillement, elle dissèque chaque élèment de son existence et le traite tantot avec humour, tendresse, pathétique, émotion ou trivialité. Elle traite avec la même intransigeance le mode de vie occidental et les derives fascistes de son pays d'origine. Si on ajoute à ça une réflexion sur l'appartenance, l'heritage, l'identité et les prejugés mutuels des peuples et vous obtenez un merveilleux petit joyau noir et blanc, dont l'appellation d'OVNI ne saurait rendre compte de notre volonté de voir débarquer plus souvent sur nos ecrans des films de cette trempe.

Le conseil littéraire...

le 06/09/2007 à 22h01

Les Corrections de Jonhattan Franzen


Quel auteur que ce Jonhattan Franzen... Un vrai souffle littéraire et romanesque souffle sur cette tragédie familliale qui sait si bien retranscrire les enjeux d'une époque troublée. L'auteur nous rappelle qu'il n'y a pas mieux que le naturalisme et que la saga familliale pour arriver à décrire un pays, un contemporain. Proche d'un Zola, Franzen nous compte l'incroyable et intimiste epopée de ces Rougon-Macquart des temps modernes sont l'objet de l'instantanné d'une Amerique en perte de vitesse et d'idéaux.


Le livre raconte l'histoire d'Enid et Albert, honnetes travailleurs du Midwest, et de leurs trois enfants Gary (homme d'affaire arriviste et alcoolique), Chip (professeur de faculté gauchiste et foucaldien) et Denise (chef cuistot à la vie sentimentale compliquée). Dans un globe mondialisé ou les Etats-Unis occupent une place centrale et nevralgique, n'importe quel occidental bercé par la société de consommation depuis sa plus tendre enfance est capable de s'identifier au destin de tel ou tel personnage des Corrections. Franzen ne fait preuve d'aucune tendresse avec son époque, et les moeurs de son pays bouffé par l'obsession du fric et l'addiction aux medicaments. Il fait preuve d'une cruauté similaire envers ses personnages, qu'il regarde se debattre en quête permanente entre leurs ideaux et leurs réalités. Mais c'est la tendresse qui finit toujours par triompher. L'amour ne sauve personne et le bonheur n'est jamais gratuit.


Les Corrections restera comme un classique absolu, une virtuosité naturaliste très XIXeme parfaitement adaptée aux enjeux d'une fiction on ne peut plus ancrée dans son époque. C'est un témoignage brillant et pertinent du désespoir qui peut agiter la civilisation occidentale. Fait remarquable : il a été ecrit avant le 11 septembre et ne s'inscrit donc pas dans cette veine traumatisée de la littérature américaine des années 2000. Il expose froidement et sans concession l'affreux déclin de l'empire américain.

Ratatouille

le 06/09/2007 à 21h54

Alors que le trip hypra perso de John Lasseter Cars avait réussi l'exploit de rendre dubitatif aussi bien le public que la critique, les interrogations concernant la machine rêves Pixar commençaient bien logiquement à pointer le bout de leur nez. La fusion entre le studio californien et la firme de Mickey ne gate rien. Disney bouffera-t-il Pixar ou Pixar reformera-t-il Disney de l'intérieur? Des enjeux dantesques et incertains. C'est dans ce contexte que sort en plein milieu de l'été le premier film Pixar produit après l'association définitive des deux studios : Ratatouille.

Le réalisateur? L'excellent Brad Bird au CV éblouissant : Ancienne tête pensante des Simpsons, réalisateur du Géant de Fer, débauché par Pixar au début des années 2000 pour réaliser les Indestructibles, un des incontestables chef-d'oeuvres du studio.
Bien que Ratatouille ne soit pas un projet personnel comme le fut les Indestructibles (il vient ici porter secours à Jan Pinkava à l'origine de l'histoire originale et des personnages), on avait le droit d'attendre le meilleur de cette histoire de petit rat cuisinier.

Et on avait raison.

Ratatouille continue le processus de renouvellement du cinéma d'animation. On finira par se lasser mais Pixar est toujours le meilleur studio d'animation du monde. Toute tentative cinématographique d'animation est vouée a l'echec si elle souhaite rivaliser avec les films de Pixar. Prenons, par exemple un film Dreamworks, Shrek ou Happy Feet. Bien sur les morales sont interessantes et peuvent être originales voire couillues. Les personnages sont bien ecrits. Les gags droles. L'animation généralement brillante. On pourrait très bien s'en contenter... S'il n'y avait pas Pixar... S'il n'y avait pas l'etincelle qui caracterise les films de la firme. La perfection graphique ne suffit plus. Il faut la volonté de s'affranchir du système marketing qui pourrit Hollywood, et qui pourrit le cinéma d'animation. On ne sait par quel miracle mais les génies de chez Pixar y parviennent. Ils sont leaders, leurs films sont les plus rentables et ils arrivent à produire n'importe lequel de leurs films comme si il était le premier et le dernier. Comme si ils n'avaient jamais evolué depuis le coup de poker que fut le premier Toy Story en 1995. Un tel age d'or pourra-t-il durer encore longtemps?

Le film en lui-même nous compte l'histoire de Remy un petit rat cultivé et passionné de cuisine se retrouvant separé de sa famille, seul à Paris. Guidé par l'esprit de Gusteau, chef cuistot renommé, il sympathise avec un commis aux cuisines timide et maladroit. Leur association servira à la révélation au monde des incomparables talents culinaires du petit rongeur.

Ce qui différencie le plus les films du studio du reste de la production d'animation américaine, c'est le scénario. Un script basique d'animation repose toujours sur les mêmes clichés, les mêmes schémas. L'exemple Shrek est édifiant, la saga réussissant le tour de force de faire croire au public à l'originalité et l'intelligence du projet, alors que chaque étape obligée d'un scénario basique est respecté. Brad Bird voit plus loin. L'influence fondamentale de Ratatouille reste Billy Wilder. Esthétiquement et thématiquement d'abord. Mais aussi scénaristiquement. Les cinq actes chers au maitre Viennois sont respectés. On retrouve cette ironie mordante, cette volonté farouche de créer une galerie de personnages iconoclastes et attachante associée à une vision de l'amour et de l'amitié attachante et tendre. C'est le Paris d'Irma la Douce ou d'Ariane qu'on reconnait ici. Un Paris touristique certes, mais qui s'assume comme tel. Une association des clichés que la ville Lumière peut véhiculer dans le monde. L'amour fou et passionnel (un couple se tirant dessus au revolver pour s'embrasser de plus belle l'instant d'après) ou la furie caracteristique à la cuisine d'un grand restaurant.

Un film splendide, un niveau de plus encore à ce à quoi Pixar nous avait habitué. Avec le déclin de l'empire Myiazaki, quel autre grand vendeur de rêves nous reste-t-il? Cherissons Pixar tandis qu'il en est encore temps...

Critiques et pensées diverses

le 05/07/2007 à 01h13

 The Game - David Fincher


Il est quelque chose de particulier avec tous ces thrillers des années 90. Y'en a eu des tonnes, que France 2 se plait a rediffuser à longueur d'années (genre vous savez les Wesley Snipes "Meurtre à la Maison Blanche" ou je ne sais quoi). C'etait une vraie mode. On nous en a servi du Bruce Willis, du Morgan Freeman ou du Ashley Judd. Le genre tombe en relative désuetude, plus propice à un accomplissement populaire à travers le medium televisuel. De merveilleuses series comme FBI portés disparus, Cold Case ou 24h Chrono pour ne citer qu'elles. La ou je veux en venir, c'est que dans toutes les mouvances, il y'a des trucs qui ressortent et qui semblent inusables. Les films de David Fincher en font partie. Je revoyais il y'a peu en dvd Usual Suspects de Bryan Singer. Que ce film, bien que réussi et bluffant à chaque fois, reste terriblement engoncé dans son époque. Ca pue les années 90 à plein nez! On pourrait parier que dans 40 ans on regardera plus Usual Suspects pour sa valeur historique, symptomatique d'une époque que pour sa capacité à scotcher le spectateur. A la reflexion et avec le recul, ce n'est pas le talent de conteur de Singer qui est à remettre en question (il nous l'a reprouvé à de maints reprises depuis) mais plutôt le scénario qui après toutes ces années nous apparaît comme un peu vide, voire vain. Son plus grand mérite, avoir réussi un merveilleux méchant de cinéma. Mais je m'eloigne de mon sujet. A l'opposé de Usual Suspects, The Game semble ne pas conduire. La personnalité, le style de son auteur immediatement reconnaissable n'y est pas pour rien. On est bien chez Fincher, ce poète de la crasse urbaine, des parkings bleutés et des cameras de surveillance. La dernière fois que j'ai vu The Game, ça devait etre à peu près deux ans après sa sortie cinéma. Je devais avoir douze ans. On ne voit pas les mêmes choses à douze ans qu'a dix-neuf, c'est évident. Pour moi, à l'époque, The Game c'était un thriller du dimanche soir, à la mécanique sublimement huilé. Le pantin m'avait particulièrement marqué, il m'effrayait un peu je pense (tant et si bien que j'etais etonné qu'il n'ait pas plus de présence à l'ecran, contrairement au souvenir du film que j'avais gardé). Depuis le temps, David Fincher c'était devenu plus qu'un réalisateur de thrillers pour moi. C'était Mr. Fight Club d'abord, celui qui avait réussi à faire la critique du capitalisme la plus violente et la plus profonde à l'intérieur même du sérail Hollywoodien. Puis c'est devenu plus récemment, Mr. Zodiac, le chien fou assagi à la complexité thématique decuplée. The Game m'apparaissait donc sous un jour différent. Beaucoup moins conventionnel qu'il n'y parait, Fincher rejoint Hitchcock non plus seulement par son imposante virtuosité mais aussi et surtout par ce pur et simple plaisir de la manipulation des personnages. The Game, c'est un peu mille et une façons de pourrir le train de vie d'un enculé de capitaliste, de l'intimidation jusqu'au nettoyage à sec de ses comptes en suisse, en passant par un aller simple pour Mexico sans papiers ni dollars. Comment n'avais-je pas pu voir ça à l'époque? Tout simplement parce que The Game, c'est un peu un prémice à Fight Club. Un parcours de vie où le "When you've got nothing, you've got nothing to lose" de ce cher Dylan prend tout son sens. Tout recommencer de zero, pour pouvoir vraiment profiter pleinement de l'existence sans imperatifs sociaux ou culturels. A la fin tout cela n'etait qu'un jeu, et à Sean Penn, le petit frère, de dire "fallait que je fasse quelque chose, tu devenais vraiment con...". C'est rassurant de se dire comme ça peut faire des films aujourd'hui à Hollywood, non?


Vous descendez? - livre de Nick Horny


J'ai decidé de parler un peu plus d'une autre de mes passions : la littérature. C'est vrai, je me suis rendu compte que je lisais assez souvent et que cette partie de mon existence n'était pas du tout proportionnelle aux nombres de critiques littéraires sur ce site. Il faut dire que pour être franc, la critique littéraire, déjà le terme me parait pompeux et pretentieux (bien plus que la critique cinématographique, il faut croire) et que ça m'a toujours un peu effrayé. Quand j'etais plus petit je ne lisais pas beaucoup. J'ai plutot une culture de magazine et de télévision à la base. J'ai toujours eu peur de ne pas avoir les connaissances, la prétention suffisante. Parce que je n'ai pas lu tout Flaubert ou Zola, des fois je me dis que ça ne m'offre pas la légitimité de donner mon avis sur la littérature. Alors que c'est con, il y'a des Bergman que je n'ai toujours pas vu, et je ne me gene pas pour dire que Pirates des Caraibes 3 est un chef-d'oeuvre (ce qui ne me met pas à l'abri de la polémique, soit dit en passant). Le livre en question est une de ces comedies legerement grinçantes et pourtant d'une drolerie rafraichissantes dont Nick Hornby a le secret. Nick Hornby pour ceux qui prennent le train en marche, c'est un anglais, un pape de la culture populaire mondiale (dans ce que le terme culture populaire a de plus général) et un type qui sait délicieusement capter l'air du temps. Par deux fois, il a été l'objet d'adaptations cinémtographiques (et oui on y revient...). La premère, c'est  High Fidelity, que certains ont vu j'espere. Avec John Cusack, Joan Cusack (si ce n'est donc toi, c'est donc ta soeur!), Tim Robbins et l'inénarrable Jack Black. L'histoire d'un disquaire paumé, qui passe ses journées avec ces deux employés à eriger des tops 5 ("Top 5 des chansons que tu voudrais qu'on passe à ton enterrement!", "Top 5 des meilleures faces B de tous les temps!", j'en passe et des meilleures...) et qui vient de se faire larguer par sa copine. La seconde, c'est Terrain d'Entente des Frères Farrelly avec Jimmy Fallen et Drew Barrymore. Adapaté de Carton Jaune, le film opère une délicate traduction du monde du foot anglais à celui du base-ball américain. Ce passage sert l'universalité du propos de Hornby, et sa propension à traduire l'état d'esprit de nos sociétés occidentales. Vous Descendez? donc, c'est son bouquin le plus extrème dans le genre. Quatre paumés se rencontrent sur la tour du saut (un endroit ou les gens vont généralement pour se suicider...) à Londres le soir du réveillon du Nouvel An, et s'empèchent ainsi mutuellement de se suicider. Je sais ce que vous vous dites... Soit c'est tres deprimant... Soit c'est très melo... Ni l'un ni l'autre. C'est ce qui en fait le meilleur livre de son auteur. Il illustre avec brio à quel point il peut se permettre d'eviter les ecueils non seulement en les contournant, mais surtout en passant à un bon millier de kilometre à coté. La narration est évidente, claire et limpide et navigue parfaitement entre les styles, chaque chapitre racontant l'avancée de l'histoire selon le point de vue d'un des quatre personnages. Ce parti pris expose l'incapacité de se comprendre sans condescendance, seulement en l'acceptant, ce qui n'empeche pas les personnages de s'entraider et de parfois avoir des instants de lucidité et d'intelligence tout simplement bouleversants. J'essaierai plus souvent de m'adonner à ce genre de critiques, c'est assez simple en fait...


Sinon, qu'est ce que je pourrais raconter... C'est bien la Corse! Bon ok... Pas de surprises. Je suis toujours heureux d'y retourner. Quand je suis à Paris, j'y pense souvent. A cette insouciance, cette beauté de l'instant, cette façon de glander totalement différente qu'à Paris. J'y repense à Paris parfois, mes petits bars me manquent. Je ne peux pas aller voir certains films, et ça c'est une vraie carence (d'ailleurs si certains d'entre vous ont vu Tenacious D : Pick of the Destiny, qu'ils laissent un petit commentaire pour me dire ce qu'ils en ont pensé. Par contre si vous êtes allés voir Ocean's 13 ou Shrek 3 c'est pas la peine...).


Lola ma chérie, je pense à toi. Je n'ai pas pu t'appeller là. Mais si tu lis ça, sache que Damien et moi pensons serieusement à venir te voir. Alors garde bien les fesses sérrées en attendant.


Ah! La carte bleue de Cecilia. Vous avez vu ça? C'est incroyable quand même. Une carte de crédit qui te permet de prendre ce que tu veux, c'est l'état français qui paye. Il parait qu'elle ne l'a utilisé que pour deux ou trois déjeuners d'affaire. Des affaires de quoi? Avec qui? Laetitia Hallyday? Pour se réjouir mutuellement de la baisse du bouclier fiscal? Je suis sur qu'elle nous a fait Pretty Woman sur l'Avenue Montaigne avec sa carte. C'est le rêve ça quand même. Une carte bleue illimitée presque. Qui puise l'argent sur le même compte avec lequel on construit des autoroutes ou des hopitaux. Vous feriez quoi avec? Ca vous ferait chier de l'utiliser? Laissez des commentaires là aussi pour laisser vos impressions. C'est quand même une question fascinante...

ICKY THUMP - Merci Jack...

le 03/07/2007 à 00h26

Et un nouvel opus parfaitement réussi pour Jack et Meg. D'un coté je ne suis peut-être pas vraiment objectif. Etant fan, chaque étron de Jack pourrait s'apparenter pour moi à un cadeau divin. Et après tout, je m'en fous... C'est surement un signe. Trois années (quatre? je ne sais plus...) de fan attitude totale et décomplexée pour le binome de Detroit et pour son leader à l'integrité artistique inegalée, c'est un signe qui ne trompe pas. Je me serais lassée si c'était vraiment de la merde au bout de tout ce temps, non?


Bref, Icky Thump est une petite merveille qui séduira sans aucun doute les déroutés de Get Behind me Satan (comment a-t-on pu être deroutée par une merveille pareille, enfin bon...) et surtout les fans d'Elephant. Jack White ne cède toujours rien aux sirenes du show biz et de l'Art programmé, il a simplement trouvé la formule. C'est-à-dire évoluer dans la même direction avec ce que ça implique d'experimentations et d'instruments etranges (cornemuses, trompettes, orgues, calviers electroniques d'avant l'electronique...) tout en lorgnant toujours vers la pop et même le hip-hop. A ce propos, Brendan Benson, second chanteur-guitariste des Raconteurs, a dit de Icky Thump qu'il s'agissait de "l'album hip-hop " de Jack. Quelle pertinence ce Brendan tant certains titres rappellent étonnament le flow de Eminem (Icky Thump) ou les délires vocaux d'un Dre (Rag and Bone). On commence avec le premier single, la chanson qui donne son nom à l'album, et que j'avais déjà pu écouter il y'a plus d'un mois. C'est un echapée heavy des plus épiques, avec un riff à la Led Zep, une fausse cornemuse au clavier qui évoque aussi bien l'Ecosse traditionnel que les musiques minimalistes des jeux d'arcade des années 80. Pour le reste, on a droit à un revigorant coup d'oeil dans le rétroviseur, Bone Broke et Catch Hell Blues évoquant inévitablement le garage puriste des tout premiers albums. 300 mph Torrential Outpour Blues, morceau fleuve de 6 minutes, est à l'image des délires tordus de l'album précedent, calme et enervé, torrentiel et posé, on ne sait plus ou donner de la tête, et plusieurs écoutes sont nécessaires à la pleine acceptation d'une telle absence de concessions. Le second single indubitable reste cependant ce merveilleux You don't Know what Love is (You just do as you're told), petit hymne moraliste et emporté dont la parfaite stase pop rappelle à quel point White a parfaitement dirigé l'art de génies comme Mercury et Bowie, chose qu'on savait déjà depuis Elephant. Mais les deux meilleurs morceaux de l'album restent et resteront I'm Slowly Turning into You et A Martyr for my love for you (respectivement numéros 10 et 11). Deux chansons comme parfait panel representatif du talent de White, protéiforme. La première est indéscriptible. Gai? Sombre? Enlevée? Tube? On alterne un rythme simple à l'orgue dans un premier temps. Les paroles, enigmatiques, s'apparentent à une déclaration d'amour. Deçue? Sexuelle? Un songwriting imagé, qui flatte l'imagination, mais qui a le goût de rester mysterieux en permanance. Le passage à la guitare au refrain est jubilatoire, ample et le morceau se termine sur un deferlement sonore quasi-abstrait (pas étonnant quand on sait que le morceau est inspiré d'une idée de clip de Michel Gondry pour le duo). L'impression d'écouter une grande chanson se mèle à un délicieux sentiment de n'avoir jamais entendu ça nulle part. Le second morceau quant à lui est une ballade dont Jack a la secret. Dans la veine de The Same boy you've Always Known, Truth doesn't make a Noise ou As Ugly as I seem, parmi ses plus belles réussites. Ici, l'histoire d'un amour d'adolescence déçu. Le thème de l'enfance se substitue à des sentiments plus noirs, plus amers. L'orgue et la guitare alterné ici aussi. Mais une pudeur bouleversante et un refrain superbe, à la guitare fuzz, ce qui ne retire rien à la dimension intime. On pense à Leadbelly ou Kurt Cobain.


Mais au final, ce n'est que Jack White, un artiste majeur de notre temps qui sait ou il va, est généreux envers son public tout en n'essayant jamais de le caresser dans le sens du poil. Rien que pour ça, les White Stripes meritent tout votre respect.

Boulevard de la Mort

le 02/07/2007 à 01h25

Sujet à polémique, cette fois encore. Pourtant je ne l'aurais pas imaginé. Mes detracteurs habituels (ceux qui aiment 300, et ceux qui n'aiment pas Pirates des Caraïbes pour ceux qui ne suivent pas) ont pourtant adoré le dernier Quentin Tarantino. Et c'est son plus grand fan, mon cher Damien qui cette fois conchie le film en question n'hesitant pas à le qualifier ni plus ni moins de "merde". Ah Damien... Dieu sait si tu as évolué sur bien des points, mais il te reste des aspects de ta personnalité à peaufiner tout de même.


Grosso modo, les critiques négatives faites au film pointent son prétendu manque d'ambition. Ambition qui ne faisait pas défaut à Kill Bill quoiqu'on puisse en dire. Ici on dénonce les carences scénaristiques, l'aspect "plaisir coupable" du projet.


Je ne dis pas que nous avons affaire au meilleur film de Tarantino (quoique...) mais il est tout bonnement honteux de dénigrer Boulevard de la Mort parce qu'il procure du plaisir au spectateur. Et on ne pourra cependant en aucun cas renier le fait que Boulevard de la Mort est un film plaisant. Doux euphemisme même tant les scènes de dialogues et de poursuite constitue ce qu'on a pu voir de plus jouissif sur un ecran en 2007.


Honnêtement, depuis le 6 mai, votre serviteur accuse un peu le coup. L'actualité politique et sociale française n'etant pas une source de réjouissance, point d'autre solution pour moi que de me refugier dans les salles ou d'abriter mes cheres petites oreilles autour d'un reconfortant casque branché à un lecteur mp3. Et heureusement, mon coeur et mon esprit d'esthete accro à l'émotion et au plaisir a pu trouver dans l'actualité artistique de quoi lui remonter le moral. Le final de la merveilleuse première saison de Heroes. Si vous avez la TNT ne vous genez pas pour la regarder cet été en VOST sur TF1 (pour une fois que je vous conseille de regarder TF1...). Le concert et le nouvel album des White Stripes aussi. Le binome de Detroit savent comme personne me foutre ces si revigorants noeuds à l'estomac. Mais rien ne m'a plus rempli de joie que le nouveau Tarantino. Il y'a des choses qui ne changent pas. Et quoi qu'il fasse, Q.T. saura toujours nous regaler de sa mise en scène virtuose et de ses conseils cinematographiques et musicaux inestimables.


On retrouve Quentin là ou on l'avait laissé en 2004, avec le sublime second volet de la saga Kill Bill. En plein trip regressif de cinéma bis et de films de femmes bafouées et revanchardes. Evolution... Kill Bill était une gigantesque marmite, une epopée de 4 heures dans laquelle le réalisateur s'amusait à fourrer pêle-mêle les codes de ces cinématographies oubliées en matinant le tout de romanesque et de classique. Pure démarche d'esthète. Intelligence du procédé. Pour Boulevard de la Mort, le metteur en scène semble opérer une marche arrière monumentale. Il adopte pour les besoins du film-concept Grindhouse (dont Boulevard de la Mort n'est qu'une des deux parties) le format même des films qu'il admire. Un simple slasher-actioner (bien que l'association des deux genres est quasi-inédite) avec ce qu'il faut de bavardage pour évoquer toute l'histoire de la serie B, genre fauché par définition.


Le film est donc clairement separé en deux parties. Esthétiquement d'abord... Couleurs delavées, brulures et autres rayures sur la copie pour la première partie, on a vraiment l'impression de regarder un pauvre film pérdu dans les rebus d'un cinéma de quartier. Puis technicolor flamboyant passant par une mise en valeur petaradante des couleurs les plus flashys pour la seconde partie. Dans le ton, tout est différent aussi. On pense à Jackie Brown pour la mélancolie, les blessures secrètes de demoiselles moroses et tendres. Leur mort n'en sera que plus cruelle. La première partie se termine sur un accident de voiture d'une cruauté abominable, Tarantino condensant en une scène d'une minute son art pour montrer une scène sous des angles differents. Ainsi la mort de chaque jeune fille de la voiture est montrée avec une precision quasi-chirurgicale. L'aspect sexuel du meurtre est explicite. La seconde partie entièrement de jour, respire quant à elle la joie de vivre, la beauté du sentiment féminin dans son ensemble. On s'attache vite fait à ces amazones cascadeuses et sexuées, passionnées de mode et de voiture. Elles travaillent dans le cinéma et sont unies dans l'adversité. On a là en trois quart d'heure tout ce qui fait le jubilatoire du cinéma de Q.T. Une succèssion de scènes de dialogues d'anthologie et de scènes d'action filmée avec la démesure du grand metteur en scène, et l'inaltérable respect du fan.  Pas de plans larges, pas d'effets speciaux numériques. Reac le Quentin?


Sa peinture du monde féminin nous prouve le contraire. Ses dialogues, proches de la verve un temps regrettée de Reservoir Dogs, s'adapte parfaitement aux discussions de jeunes demoiselles et le bonheur de la langue tarantinesque est là. Ce bonheur qu'on ne sait jamais véritablement expliquer, ce même plaisir qu'on pourrait apparenter à une sorte de private joke universelle, ce plaisir du phrasé que l'on ne retrouve qu'à l'ecoute des meilleurs disques de hip-hop, ce plaisir du second degré si proche du quotidien.


Une lettre d'amour au cinéma, une lettre d'amour aux femmes, bien sur. Rien de neuf depuis Kill Bill alors? Oh oui, que du neuf. Une façon d'aborder le cinéma inédite. Et l'amorce d'un certain recul sur son Art. On ne serait pas etonné de voir le cinéma de Tarantino évoluer radicalement dans les prochaines années, tant ici Quentin s'acharne à condenser tout ce qui fait le sel de son Art en moins de deux heures. Le film prend son temps (comme Pulp Fiction) et pourtant est jouissif comme jamais (comme Kill Bill Vol.1). Il est mélancolique (comme Jackie Brown) et pourtant plein de joie de vivre (comme Pulp Fiction). Il pousse même le vice jusqu'à exposer à l'extreme son fetichisme des pieds, aspect plutôt discret (bien que fascinant et connu pour les femmes) de son art jusqu'alors.


 On ne sait pas trop comment qualifier le dernier Tarantino, et c'est tant mieux.  Ce dernier prend ici le risque de ne pas être prit au sérieux en prenant les atours esthétiques d'un film de pur divertissement. Il prend le risque d'être accusé de parodier son propre style. Il n'en est rien. Il a simplement comprit que ce qui fait l'essence de son cinéma ne sont pas ses dialogues ou ses mouvements de caméra. Mais son ame. Son merveilleux talent d'observateur des moeurs de son temps (on le sait fan de Rohmer) et son empathie profonde pour ses personnages. Et même dans ce qui s'apparente à un simple film de drive in, cette ame reste, est toujours là et le film hante longtemps.


Dans mon eternelle reflexion sur le post-modernisme, je qualifierais Boulevard de la Mort d'avancée. Tarantino n'a pas cherché à sublimer, à insuffler du romanesque à un genre qui ne l'est pas forcèment à la base (comme il l'a brillamment reussi dans Kill Bill). Il jette à la gueule du public un brut de pellicule comme pour s'amuser à guetter ses réactions. Vont-ils reconnaitre la tendresse sous la violence? La virtuosité sous les défauts techniques? La profondeur sous la légereté? L'intelligence sous le plaisir? Telles sont les questions que Tarantino aurait pu se poser quand il a presenté le film à Cannes.


On ne peut que conseiller tant de nervosité, d'amour et de générosité réunis dans un seul film. Un film qui sait évoluer avec son temps (l'émancipation de la femme) tout en gardant ce coté naïf et optimiste qui fait les oeuvres attachantes.

Louise Bourgoin et sa révolution

le 30/05/2007 à 05h14
    Il y'a de mutliples raisons pour expliquer mon choix de diffuser cette vidéo. Je choisirai cependant de n'en exposer aucune...
    Bon allez, c'est bon, je m'y mets. Nous sommes dans la nuit de samedi à dimanche. J'ai vu pour la première fois le film en question mardi soir, en avant-première. Puis ait réitéré l'experience en ce samedi soir. Et bien que je fus forcé de rester assis sur les marches de la salle pendant les 2/3 du film (samedi soir, 21h et bien entendu la seance était complète), tout cela ne m'a en aucun cas limité dans l'attention que j'ai porté au metrage, ce qui est d'ores et dékà une preuve évidente de qualité.

Vous devinez bien que je m'attaque à un monstre. Pour ceux qui ont lu la critique du second opus, écrite en fevrier par mes soins lors de la sortie dvd, je commencerai par dire que ce troisieme et dernier volet n'a rien entamé mon enthousiasme et qu'il a plutot au contraire eu tendance à m'inciter à maintenir mes positions. Plus que Jamais.

Commentaires...

Je commencerais donc par la fin, c'est-à-dire les commentaires des quelques personnes de ma connaissance m'ayant accompagné pour cette séance. Beaucoup diront que ces commentaires sont l'essence même du plaisir cinématographique, la discussion post-projection s'averant être un exercice plaisant et enrichissant. Personnellement, je ne m'y suis pas adonné à cette occasion. J'ai à de nombreuses reprises sur ce blog ou autre part fait part de ma fascination pour ces blockbusters des années 2000, dont l'ensemble héterogène et pourtant assez cohérent, forme ce que j'ai tendance à appeller une mouvance, voire un age d'or. Ces propos me valent pas mal de critiques. Je pense à mon ami Clement qui a tendance à penser que divertissement hollywoodien, integrité artistique, générosité et intelligence ne peuvent en aucun cas faire bon ménage. Ces discussions sans fin ont finies par me laisser, je m'y consacre de moins en moins. Lacheté? Plutot lassitude passagère. C'est à cela aussi que peut servir un blog, le système des commentaires étant finalement un moyen d'echanges democratiques et relativement sans risques.
J'entends donc autour de moi à l'issue de cette séance divers propos. "meilleur que le second", avis que j'ai du mal à partager étant donné que je place les deux oeuvres sur le même plan, l'un étant logiquement la continuité de l'autre, et le binome se posant comme une rupture assez franche par rapport au premier, de par son ambition ou sa qualité. "C'est n'importe quoi, je préferais le premier, plus réaliste". Aller voir un blockbuster hollywoodien à deux cent millions de dollars et se plaindre d'un manque de réalisme relève purement et simplement du paradoxe le plus flagrant. De plus, difficile de considerer la Malediction du Black Pearl comme un exemple de réalisme, quand un capitaine bourré 24h sur 24 et un jeune et modeste forgeron suffisent à maitriser un énorme navire, ou quand une armée de squelettes emerge d'eaux troubles à la lueur d'une lune surdimensionnée.

Révolution(s)

Jusqu'au bout du monde s'incrit donc comme la continuation pure et simple du Secret du Coffre Maudit, conservant les mêmes personnages, affirmant une ambition demesurée, un travail remarquable sur le champ réferenciel, l'epaisseur et les relations entre personnages.
Tout commence par une introduction merveilleuse, macabre, violente qui n'est pas sans évoquer l'entrée en matière de l'épisode précedent. Des pendaisons en série, un chant révolutionnaire, une répression à tous les étages. Une montée en puissane tout simplement majestueuse, épique. C'est bien entendu Michael Curtiz et son névralgique Capitaine Blood qui est évoqué (dont on ne rappellera jamais assez l'influence déterminante sur toute l'histoire du cinéma d'aventure) dans lequel Errol Flynn, condamné à la pendaison pour avoir soigné un éminent révolutionnaire. Ce que Curtiz ne pouvait pas montrer en 36 (les autels et les cordes n'étant montré qu'au cours d'un bref plan introductif), Verbinski l'expose sans complexes ni concessions en 2007. Ce dernier sait parfaitement réussir ses débuts de film (non pas qu'il ne sait pas réussir les fins, loin de là, nous y viendrons par la suite), posant tout de suite une ambiance, une violence qui sous-tendra le reste du metrage bien qu'il soit beaucoup plus porté sur l'humour famillial et Deppien.
Cette introduction a toute son importance. Il est ici question de liberté et d'imagination face à la répression capitaliste. Nous avons déjà évoqué le paradoxe de voir ce type de morale se propager dans un film à gros budget produit par Disney, organisation qui est tout sauf le garant d'un certain altermondialisme. Il est pourtant important que le grand public puisse avoir accès à de tels films. Un sous-texte politique intelligent et toujours bon à prendre, surtout si il s'émancipe au sein d'un aussi bon cinéma. Devant cette importance du chant face à la barbarie hiérachique, ce sont les allusions communistes de l'age d'or Hollywoodien qui ressurgissent, la puissance émotionnelle du muet soviétique. Peu de films à gros budgets peuvent en dire autant. Ici aussi, PDC réussit la où Matrix avait malheureusement echoué.

Maëlstrom

Cette réussite, le film la doit au Plaisir. Le plaisir de filmer, de jouer, de donner au spectateur. Le retour du personnage de Barbossa en est une belle preuve : sa réapparition offrant ça et là quelques belles scènes de confrontation entre ce dernier de Sparrow, les deux capitaines prétendant tout deux au commandement du vaisseau Pearl.
Le plaisir passe aussi par celui des scénaristes, s'amusant en permanance à ne pas figer les personnages au sein d'un cahier des charges trop léger, les faisant en permanence évoluer, se rétracter. Des allers et retour permanents qui, loin de donner mal au crâne, forcent le spectateur à apprecier des personnalités complexes. Pirates des Caraïbes, c'est l'art de l'instabilité, de l'insecurité narrative permanente où tout est possible, pour la bonne et simple raison que les personnages sont capables de tout et de n'importe quoi, individualisme piratien oblige.
Ce parti pris de l'originalité à tout prix (on ne sous-estimera pas ici le rôle fondateur de Johnny Depp dans l'élaboration de l'esprit de la saga) paye et laisse le spectateur ébahi devant un grand huit narratif, emotionnel et visuel.
Dans Pirates des Caraïbes, on traverse des océans en l'espace de quelques heures, on s'offre le luxe de la poésie pure (cette scène magnifique de mer faite d'étoiles) ou de l'abstraction la plus totale (des cailloux qui se transforment en crabe?), car c'est tout simplement la suite d'un film basé sur une attraction Disney avec un acteur considéré à la base comme tout sauf bankable ressuscitant un genre qu'on croyait mort et enterré. Car Disney croit tout connement détenir la poule aux oeufs d'or et qu'une saga, aussi abstraite et ardue soit-elle, Pirates des Caraïbes ne peut pas faire moins de 300 millions de dollars au box office du moment qu'on y voit Johnny Depp et des mechants à base d'effets speciaux. Ce n'est pas une faille qui s'est ouverte devant le réalisateur, c'est un gouffre qu'il a choisi de transformer en maelstrom géant, mélangeant influences, destin, politique et humour burlesque.



L'age d'or Hollywoodien des années 2000 est un bien etrange phénomène. On ne fait plus du tout des films comme avant. Quand dans les années 30 la devise était "The limit is the sky", le cynisme le plus total règne aujourd'hui et peu de réalisateurs peuvent se vanter de pouvoir concillier integrité artistique et rentabilité au box office.
Il existe deux moyens d'y parvenir : ceux qui se font repérer par le systeme et ceux qui l'intègrent directement. Si les premiers sont rares, les seconds sont pratiquement en voie d'extinction. Les Raimi, Cuaron, del Toro ou Jackson ont pratiquement tous commencés par le cinéma d'horreur amateur, puis ont fait leur chemin via l'indépendant. Verbinski est un animal bien chanceux. Diplomé de l'UCLA, il commence par des pubs Nike et intègre Hollywood via divers commandes plus ou moins ratées (la Machine à Remonter le Temps, le Mexicain...). On pense à Brett Ratner ou Tim Story, rien ne pouvait apparemment differencier le parcours de Verbinski. Jusqu'à le carton planétaire de Pirates des Caraïbes. Il apparait évident qu'il possède un savoir faire et une ambition beaucoup plus conséquentes que la majorité de ses contemporains. Il profite de son succès pour réaliser en 2005 son film le plus personnel, le plus intimiste The Weather Man. Et là il devient évident qu'il y'a une patte, une personnalité. Nicolas Cage interprete dans le film un presentateur météo obsédé par sa carrière, dont le couple par en degringolade, et qui se fait constamment humilier par des passants lui jetant des emballages de fast food. Refoulé comme produit de la société de consommation, le personnage adopte le cynisme et l'arrivisme. Aveu d'echec face à ses ambitions artistiques d'adolescent? Ou volonté d'exorciser la mauvaise conscience que lui donne son emploi d'executant de studio? En tout cas Verbinski est, quoi qu'il puisse penser, l'equivalent contemporain d'un Curtiz (décidemment...), executant de studio certes, un "Yes-man" comme on dit, mais un véritable faiseur capable d'insuffler personnalité et grandeur à n'importe quel scénario si tenté qu'il soit bon. Dans the Weather Man, il apparait évident que le "Yes-man" a une préference pour les plans clairs d'une blancheur aveuglante, une photographie à la patine fluide et fascinante (tendance que l'on retrouve souvent dans Pirates des Caraïbes). Une vraie personnalité à Hollywood.

Post-modernisme, encore et toujours...

Si l'on devait reconnaitre une seule qualité à ce nouvel opus, c'est sa capacité à élargir encore et toujours un univers déjà riche et envoutant. Est abordé ici le film de sabres ou le western-spaghetti (Verbinski fan de Tarantino?). Car il n'est finalement pas très évident d'insérer du Ennio Morricone ou d'enmener ses  vaillants personnages dans les faubourgs de Singapour, quand on réalise un Swashbuckler. On a pourtant jamais l'impression d'assister à une bouillie visuelle hétérogène et incohérente, mais plutôt à une belle vision du monde, une vision hollywoodienne, consensuelle mais pas tant que ça. Si elargissement il y'a, c'est bien élargissement du propos. La confrérie internationale des Pirates (Afrique, France, Inde, Japon...) s'allie courageusement face à l'imperialisme sans codes ni honneur. Si il y'a honneur chez les Pirates, c'est bien celui de ne pas nuire à celui qui aime la liberté tout comme lui. Après l'epaisseur gagnée d'Orlando Bloom dans le Secret du Coffre Maudit, c'est ici Keira Knightley qui se voit gratifié de profondeur, piquant littéralement la vedette à son conjoint qu'on croyait définitivement classé comme héritier du panache d'Errol Flynn. Tout faux. C'est Keira qui prend les commandes et qui débite le merveilleux discours aux foules sur la liberté et le "Vivre ensemble, mourir seul". Un beau renouvellement du mythe.

Spoiler

La tragedie est toujours là. Les destins, bien que chaotiques,  ne sont pas toujours  tendres.  Le jeune et torturé William Turner, incapable de tuer le père (au propre comme au figuré), est condamné à ne voir sa belle qu'une fois la décennie, à errer sans fin pour aider au passages des ames en peine dans l'entre deux mondes. Un final bouleversant et bien vu qui s'avère être la plus belle réussite du film. La figure des amants maudits, condamnés par leur incapacité à décider et à agir ensemble, mais liés par leur irrémediable attirance mutuelle. On obéit aux codes Hollywoodiens tout en obéissant aux codes de la Tragédie classique. Au final, on obéit à rien. Et on crée un magnifique final de cinéma. Remarquable.

Fin du Spoiler

PDC3 a parfaitement su transformer l'essai du second qui s'imposait déjà comme un merveilleux plaisir cinématographique. On attendait donc pas vraiment ce troisième opus, on était même plutôt inquiet devant la masse de travail à réaliser, devant tant d'intrigues à conclure, tant de personnages torturés. Le pari est réussi, preuve que les deux suites ont vraiment été ecrites dans la continuité et la clairvoyance. Le talent à Hollywood existe vraiment. Esperons que ce coup de pot extraordinaire ne soit pas une belle parenthèse enchantée et qu'on puisse tout de même beneficier de notre lot minimum de trois excellents blockbusters par an. Pour 2007 c'est bien parti mais après?

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